Des Irakiens se rassemblent contre le gouvernement après la mort d'un activiste

Bagdad (AFP)

Les Irakiens se sont rendus lundi pour pleurer un éminent militant abattu la veille au soir, le dernier épisode violent de manifestations antigouvernementales au cours desquelles plus de 450 personnes sont mortes.

Pour ajouter à la tension, une volée de roquettes a blessé six soldats irakiens sur une base militaire près de l’aéroport de Bagdad accueillant des troupes américaines et des diplomates américains.

La capitale irakienne et son sud à majorité chiite ont été accaparés par plus de deux mois de rassemblements contre la corruption, la médiocrité des services publics et le manque d’emplois.

Un éminent activiste de la société civile, Fahem al-Tai, a été tué dimanche soir dans une fusillade en voiture dans le sanctuaire irakien de Karbala alors qu’il rentrait chez lui après des manifestations.

Des centaines de personnes se sont jointes à son cortège funèbre lundi, transportant le cercueil de Tai, 53 ans, dans les rues de la ville.

« Nous n’oublierons pas nos martyrs », lit-on sur une pancarte portée par des manifestants en larmes.

Sa mort est survenue quelques jours seulement après qu’une attaque contre un camp de protestation à Bagdad a fait 20 morts et quatre policiers, provoquant l’indignation à l’échelle nationale.

Des hommes armés ont pris d’assaut un complexe de stationnement près de l’emblématique place Tahrir de la capitale, où des jeunes anti-régime campent depuis début octobre.

Bien que la violence ait fait rage pendant des heures, les forces de sécurité gouvernementales déployées à proximité ne sont pas intervenues.

Les ambassadeurs britannique, français et allemand en Irak ont ​​condamné l’attaque lors d’une réunion avec le premier ministre intérimaire Adel Abdel Mahdi, qui a démissionné le 1er décembre.

« Aucun groupe armé ne devrait pouvoir opérer en dehors du contrôle de l’Etat », ont indiqué les envoyés dans un communiqué, exhortant le gouvernement à « enquêter d’urgence ».

– Hashed ordonné de rester à l’écart –

Les envoyés ont pressé le gouvernement de mettre en œuvre son récent ordre selon lequel les forces de sécurité de Hashed al-Shaabi « doivent rester à l’écart des lieux de manifestation ».

Le Hashed, fondé en 2014 pour combattre le groupe État islamique, est composé de factions majoritairement chiites, dont beaucoup ont été soutenues par l’Iran.

Le réseau est intégré à l’appareil de sécurité de l’État irakien et son chef, Faleh al-Fayyadh, est également le conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre.

Après le début des manifestations en octobre, les Hashed ont initialement soutenu le gouvernement mais ont changé de camp alors qu’Abdel Mahdi subissait une pression croissante de la rue et de l’autorité religieuse chiite irakienne.

Les manifestants se méfient des Hashed, cependant, craignant que leur présence aux rassemblements ne fasse dérailler leur cause.

Après l’attaque de vendredi, Fayyadh a ordonné aux factions Hashed de garder leurs distances avec les rassemblements.

En plus des tués, des dizaines de manifestants ont disparu après l’attaque du parking et n’ont toujours pas refait surface, ont indiqué à l’AFP leurs proches.

Les manifestants se plaignent depuis des semaines d’être surveillés, menacés et harcelés dans une campagne d’intimidation destinée à les empêcher de poursuivre leur mouvement.

La semaine dernière, dans un cas particulièrement horrible, le corps meurtri de Zahra Ali, 19 ans, a été laissée devant le domicile familial de Bagdad, quelques heures après sa disparition.

Vendredi, des proches de Zeid al-Khafaji, un photographe de 22 ans, ont déclaré qu’il avait été enlevé alors qu’il revenait de la place Tahrir dans la capitale.

– Nouvelles attaques à la roquette –

Depuis le 1er octobre, les rassemblements dirigés par des jeunes ont non seulement accusé la classe dirigeante d’être inepte et corrompue, mais également d’être fortement influencée par l’Iran voisin.

Bagdad a des liens étroits avec Téhéran et son ennemi juré Washington, qui a mené l’invasion de 2003 qui a renversé l’ancien dictateur irakien Saddam Hussein.

Quelque 5 200 soldats américains sont toujours basés en Irak et font face à un pic d’attaques à la roquette sur leurs positions.

Il y a eu au moins neuf attaques contre des cibles américaines en Irak en l’espace de six semaines.

Au plus tard lundi matin, quatre roquettes ont percuté une base irakienne qui héberge un petit contingent de forces américaines à côté de l’aéroport international de Bagdad.

Selon l’armée, six soldats irakiens ont été blessés.

Des sources de sécurité ont déclaré qu’ils appartenaient au Counter-Terrorism Service, une unité d’élite créée et formée par les forces américaines.

Aucune force américaine n’a été blessée lors des récentes salves.

Et bien qu’il n’y ait eu aucune revendication de responsabilité, les responsables américains de la défense ont blâmé plusieurs des attaques contre les factions soutenues par l’Iran en Irak.

Les tensions entre l’Iran et les États-Unis ont monté en flèche depuis l’année dernière, lorsque Washington s’est retiré d’un accord nucléaire historique avec Téhéran et a réimposé des sanctions paralysantes.

Bagdad – dont les nombreuses forces de sécurité ont été formées soit par les États-Unis soit par l’Iran – craint d’être pris au milieu d’un conflit amer.

Les responsables irakiens sont également confrontés à leur crise politique intérieure.

Le président Barham Saleh a jusqu’au 17 décembre pour nommer un premier ministre remplaçant, et les partis politiques sont en pourparlers profonds pour s’entendre sur un candidat de consensus.

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